Les maladies transmissibles

La fréquence des maladies évoquées précédemment évolue en permanence. Certaines sont devenues rares du fait des progrès de l’hygiène et des vaccinations (fièvre jaune, encéphalite japonaise, typhus, peste). D’autres après avoir quasiment disparues émergent à nouveau (trypanosomiase). D’autres enfin sont en expansion notamment du fait des modifications climatiques et des changements que cela entraîne dans l’écologie des vecteurs (dengue, chikungunya, maladie de Lyme, etc). Nous présenterons succinctement les affections les plus fréquentes.

Le paludisme

Le paludisme, ou malaria pour les anglophones, constitue le principal risque sanitaire pour les voyageurs en raison de sa très large répartition en région intertropicale et de son caractère potentiellement mortel. La maladie est due à un parasite unicellulaire sanguicole du genre Plasmodium transmis par un moustique du genre Anophèle. Il en existe différentes espèces. L’étude de cette affection fait l’objet d’une fiche spécifique.

Le chikungunya

Il s’agit d’une maladie virale émergente due à un Alphavirus dont le réservoir est principalement représenté par les singes et d’autres vertébrés dont l’homme malade. La transmission à l’homme se fait par la piqûre de moustiques du genre Aèdes. Il s’agit d’un vecteur essentiellement diurne. La maladie touche l’Afrique, l’Asie du sud-est et tout le sous-continent indien. La maladie évolue sous la forme de poussées épidémiques.

La maladie peut passer inaperçue. Dans sa forme habituelle, elle donne lieu à un état fébrile avec des douleurs articulaires et musculaires intenses. Elle s’accompagne parfois d’hémorragies bénignes. L’évolution est habituellement favorable mais des complications et des décès peuvent s’observer. La convalescence est longue avec une asthénie résiduelle durable. Les signes sont peu spécifiques de sorte qu’en l’absence d’examen sérologique, le diagnostic se discute avec d’autres affections fébriles et douloureuses telles la dengue, le paludisme, etc …

Il n’existe pas de traitement anti-viral spécifique. Le traitement est purement symptomatique (antalgiques non-salicylés du type paracétamol). La maladie confère une immunité durable. Il n’existe pas de vaccin, la prévention se résume à la lutte contre les piqûres de moustiques.

La dengue

La dengue est une maladie virale due à un Flavivirus. Elle est en forte recrudescence. Elle est transmise par la piqûre de moustiques du genre Aèdes qui se reproduisent dans les points d’eau stagnante autour des habitations. La maladie sévit en Asie du sud-est, en Australie, en Océanie, dans l’Océan indien, dans les Caraïbes, en Amérique (du sud-est des USA an nord de l’Argentine), en Afrique sub-saharienne. Les départements et territoires français d’outre-mer sont tous endémiques. Elle évolue sur un mode endémo-épidémique. Il existe 4 séro-types distincts de la maladie.

Après une incubation de 7 jours, le tableau réalisé est celui de courbatures fébriles avec une éruption cutanée. Après une rémission avec chute de la température, survient la phase d’état avec reprise de la symptomatologie. La maladie dure une semaine, la convalescence est longue, marquée par une asthénie durable. Il existe des formes inapparentes et au contraire des formes graves avec décès. Le tableau clinique est peu spécifique, il est commun à d’autres arbo-viroses qui donnent des syndromes « dengue-like ». Le diagnostic formel de cas isolés repose sur la sérologie.

Le traitement est purement symptomatique (antalgiques non-salicylés du type paracétamol). Un vaccin est à l’étude. La maladie due à un virus d’un groupe donné ne confère pas d’immunité vis à vis des virus des autres groupes. Le fait d’avoir fait une dengue expose au contraire à une nouvelle maladie plus sévère en cas d’infection nouvelle par un virus d’un groupe différent.

La fièvre jaune

La fièvre jaune est une fièvre hémorragique virale due à un Flavivirus : le virus amaril. Elle est transmise par la piqûre de moustiques du genre Aèdes. L’hôte naturel du virus est un singe vivant dans les régions forestières. Accidentellement, le virus peut se transmettre à des communautés humaines. La maladie évolue sur un fond endémo-sporadique et donne lieu à des épidémies. Elle touche l’Afrique et l’Amérique du sud intertropicale. La maladie est absente en Asie, dans le Pacifique et dans l’océan indien. Elle est actuellement très présente en Afrique ou l’on observe régulièrement de petites épidémies (Côte d’Ivoire, Cameroun, Sénégal).

La maladie débute typiquement par un état hautement fébrile avec céphalées et douleurs lombaires. Elle évolue par la suite dans les formes typiques en 2 phases. Une phase rouge avec fièvre, aspect congestif du visage, céphalées. Une rémission au 3-4ème jour puis une phase jaune avec reprise de la fièvre, altération de l’état général, ictère, vomissements noirs, hémorragies, réduction du volume des urines. L’évolution peut être fatale. Il existe de nombreuses formes atténuées ou inapparentes.

Le traitement est purement symptomatique. Il existe une vaccination qui est très efficace. Cette vaccination est obligatoire pour les voyageurs se rendant dans les pays ou la maladie est susceptible d’exister. Le vaccination est administrée dans les centres de vaccinations agréés. Elle fait l’objet de l’établissement d’un carnet de vaccination international.

La maladie de West Nile

Il s’agit d’une infection due à un Flavivirus : le virus West-Nile. Le vecteur est un moustique du genre Culex. Le réservoir de virus est constitué par les oiseaux. La maladie touchait initialement l’Afrique, une partie de l’Europe centrale et méridionale, le Moyen-Orient, l’Inde. On observe une extension progressive avec une diffusion au continent américain d’est en ouest, à l’Europe de l’est et la Russie. En France, la maladie est présente en Camargue où elle touche les chevaux mais également l’homme.

La maladie est fréquemment asymptomatique mais elle peut entraîner des états fébriles s’accompagnant parfois de signes neurologiques réalisant des tableaux d’encéphalite ou de paralysie flasque. Il existe un risque de décès ou de séquelles graves.

Le traitement est symptomatique. Des essais vaccinaux sont en cours.

L’encéphalite japonaise

L’encéphalite japonaise (EJ) est due à un Flavivirus. Elle est transmise à l’homme par la piqûre d’un moustique du genre Culex. Le réservoir de virus est constitué par les animaux aquatiques sauvages et le porc à partir duquel la maladie peut se propager à l’homme dans les zones rurales. L’EJ touche l’extrême sud-est de la Russie, toute la région Asie, l’Inde et l’extrême nord de l’Australie. Elle est endémique dans les zones rurales avec rizières et irrigation tout au long de l’année. Elle est épidémique en zone rurale et en ville au moment de la mousson. Elle est à l’origine de 30 à 50 000 nouveaux cas par an, principalement chez les enfants avec 25 000 décès. Le risque pour les voyageurs de contracter la maladie est d’environ 1/1000 000.

Il existe une forme apparente (un cas) pour 250 contaminations. Le tableau clinique réalisé par les formes apparentes n’est pas spécifique. Il peut s’agir d’un état fébrile isolé, d’un tableau de méningite ou de méningo-encéphalite. On estime la mortalité à 30 % et que 30% des patients guériront avec des séquelles.

Le traitement est symptomatique. Il existe une vaccination préventive. Deux types de vaccins existent sur le marché : un vaccin sur culture cellulaire dans les pays occidentaux et un vaccin sur culture de cerveaux de souriceaux. Cette vaccination n’est disponible que dans les centres de vaccinations agréés.

La vaccination est recommandée chez :

Les adultes expatriés ou devant résider plus de 30 jours en Asie;
Les adultes se rendant dans ces régions, avec une activité extérieure importante, plus particulièrement dans les zones de rizières ou de marécages, pendant la période de transmission du virus, notamment pendant la saison des pluies, quelle que soit la durée du séjour. Les activités suivantes sont considérées comme à risque : dormir à la belle étoile sans moustiquaire, camper, travailler à l’extérieur, pratiquer le cyclisme, la randonnée…, en particulier dans les zones où l’irrigation par inondation est pratiquée.

Le vaccin commercialisé en France est actuellement réservé aux personnes de plus de 18 ans.

Les filarioses

Les filarioses regroupent un ensemble de maladies tropicales liées au développement dans l’organisme de vers adultes (filaire) et de ses larves ou microfilaires. Ces affections constituent un véritable problème de santé publique pour les populations locales, elles sont rares chez les voyageurs. Elles sont transmises par des insectes vecteurs spécifiques, ce qui explique leur présence dans des territoires déterminés. On distingue les filarioses lymphatiques et les filarioses cutanées selon que les vers adultes vivent dans le système lymphatique ou sous la peau.

Les filarioses lymphatiques :

Il en existe trois espèces : Wuchereria bancrofti ou filaire de Bancroft (cosmopolite), Brugia malayi ou filaire de Malaisie et B timori (Asie du sud-est). Chaque espèce est transmise par un moustique spécifique (Culex, Anophèles, Aedes, Mansonia) et a une distribution géographique bien définie. La maladie est endémique en région tropicale où elle infecte 120 millions de personnes.
Les symptômes sont liés à la perturbation du drainage lymphatique induit par les vers adultes, entraînant œdèmes des membres, lymphangites et surinfections. Ils sont également de nature allergique du fait des microfilaires. En l’absence de traitement, les œdèmes évoluent vers la chronicité entraînant un épaississement des tissus et réalisant un tableau d’éléphantiasis.
Le traitement fait appel à des anti-parasitaires. L’OMS a lancé en 2000 un programme de traitement de masse visant à interrompre la transmission de la maladie.

La loase :

C’est une filariose cutanée rencontrée dans les régions forestières d’Afrique centrale. Elle est due à Loa-loa. Elle est transmise par la piqûre d’un taon : le Chrysops. Les microfilaires vivent dans la circulation sanguine.
La symptomatologie est marquée par des démangeaisons, des épisodes urticariens, des œdèmes migrateurs des membres. Le déplacement du vers adulte sous la peau est à l’origine de cordons tortueux qui se déplacent d’environ 1 cm par minute. Le passage du vers sous la conjonctive de l’oeil provoque larmoiements, oeil rouge et sensation de corps étranger. Cet incident est spectaculaire mais bénin. L’évolution de la maladie est prolongée. Des complications tardives peuvent s’observer en particulier au niveau cardiaque.
Le traitement fait appel à des anti-parasitaires. Sa mise en oeuvre est délicate.
Autres filarioses :

Il existe d’autres types de filarioses transmises par des vecteurs spécifiques : Onchocercose, filarioses des séreuses. Elles sont plus rares.